Les Bigoudens sous le signe de la broderie

Et pendant ce temps là, le voisin bigouden qui n’avait pas encore droit à ce nom — un nom promis à un bel avenir mais qui ne désignait, pour l'heure que la petite pointe de la coiffe des femmes - était encore en quête de son textile de predilection. C’est aussi la chute d’un empire qui le lui procurera, mais le second, celui de Napoléon lll, et c'est en 187O que le costume va acquérir cette pièce maîtresse. L’habitant du Cap Caval n’avait rien de tout cela, mais il brodait déjà, sur du taffetas d’accord (appliqué sur de la toile), mais il brodait.

La légende bigoudène, relayée par la tradition orale, veut que les soldats de la Grande Armée, lors d’une expédition qui n’avait rien d’un voyage d’agrément, aient rencontré la broderie sur leurs chemins.

C’est en Bohème que le déclic s’est produit. Le choc est si fort pour les Bigoudens, qu’ils s’initient sur place.

De retour au pays, ils feront fructifier technique et passion, et Daniel Le Berre, descendant de ces brodeurs « Napoléoniens », qui m’a transmis cette information, termine sa lettre : « Ces brodeurs étaient des républicains hostiles aux curés et mal vus des milieux réactionnaires. lls vivaient un peu chez les uns et les autres dans les fermes et ils se repassaient le métier (de père en fils). Sous le Second Empire, notre arrière grand-père, marchand ambulant colporteur, fut le lien entre eux et en 1868 fonda un atelier, l’atelier Pichavant à Pont l’Abbé qui devint un « foyer républicain ». Plus tard, cette même famille fera venir de Bohème les boutons nécessaires à la confection des gilets bigoudens.

C’est à l’Empire que le brodeur bigouden emprunte son premier motif : la palmette qu’il habillera de rouge et qu’il travaillera «façon celtique » tant et si bien que c’est une floraison de motifs qui verront le jour : la planète, le soleil, la fougère, la chaîne de vie, l’écaille de poisson, le cœur... et bien sûr les cornes de bélier et la fameuse plume de paon qui deviendra l’emblème bigouden.