Préambule

Les hasards de la vie nous ont fait naître dans ce pays bigouden aujourd’hui à la mode et par conséquent trés courtisé. Les photographies de Félix datent des années soixante, de l’époque du magasin à Plonéour. Les Bigoudènes étaient encore en nombre. Comme lui, elles tenaient boutique, travaillaient à l’usine ou à la ferme. Deux fois par mois, les Bigoudènes en coiffes ou sans coiffe venaient vendre leurs petits cochons sur la place à portée d’objectif.

Celles qui n’avaient pas de cochons à proposer venaient quand même à la foire, ça faisait partie de la vie. Ce jour là, le breton sonnait haut et fort et les bistrots ne désemplissaient pas. A l’occasion, les Bigoudènes franchissaient le seuil du magasin, en quête d’une photo d’identité. Ça posait quelques problèmes au photographe : entre la norme et la coiffe il fallait choisir, c’était toujours la coiffe qui gagnait.

Entre deux identités, il s'accordait une brève échappée. Lui aussi faisait son marché : que pouvait-il bien glaner sur ces sentiers là?

A force de fuguer, la moisson de clichés a été bonne. Les Bigoudènes ne sont plus en nombre, elles ne tiennent plus boutique, elles ne vont plus à l'usine, elles n’élèvent plus de petits cochons, mais elles sont encore là. Elles ont répondu à l'invitation des enfants et sur les bancs de l’école un jour de l’an 2000, ils se
sont retrouvés. Les femmes en coiffes sont entrées dans la ronde ; pour ne rien perdre de la fête, les petits ont gardé les yeux levés.

Plus tard, les dessins ont parlé de cette leçon la, une grande moisson de dessins pour un petit bout d'héritage.